30/04/2021
Il était une fois, un sachant qui ne sait pas encore qu’il sait, demandant à un soi-disant sachant s’il sait ce qu’il devrait savoir…
Nombreuses sont les missions en coaching de vie qui débutent ainsi ... Etrange métier que celui de coacher une personne qui ne sait pas encore qu’elle sait. Toute la démarche du coach de vie consiste à accompagner la personne coachée à découvrir en elle ce qu’elle sait, à le faire émerger en pleine conscience pour l’incarner ensuite, grâce à un objectif de vie identifié, validé et répondant à un besoin existentiel profond.
Tout coaching de vie commence à la fois par une interrogation « le client sait mais comment parviendra-t-il à le savoir ? » et par une affirmation de la part du coach de vie «je sais que je ne sais rien, mais ça, je le sais ! ». Il y a maintenant de nombreuses années, lorsque j’étais un tout jeune coach de vie, un superviseur me dit : « Coacher, c’est accompagner le cheminement d’un savoir du client, de son inconscient à sa conscience ». Il y a des phrases qui restent gravées dans la mémoire… Et cette phrase erre, depuis, dans mon esprit !
L’accompagnant coach de vie n’a l’usage de presque d’aucun verbe d’action. Il ne peut ni faire à la place, ni orienter, ni conseiller… Juste accompagner. Et encore, accompagner en coaching de vie suppose surtout de laisser être ce qui peut l’être et laisser la personne coachée décider elle-même du chemin à prendre.
Le coach de vie est invité à entendre, à être le témoin bienveillant et bien traitant de ce qui est dit et non-dit mais pour quoi faire et pour en faire quoi ? Rien ! Il est un entendant et un regardant, sans préjuger de la chose. Il s’oublie en tant que sachant. Il renonce à être celui qui sait. En revanche, il est « ici, là et maintenant » selon la formule consacrée, dans une grande proximité, en présence, réceptif, déambulant dans la relation en laissant aller mais sans perdre le lien avec les mouvements du client, gagnant proportionnellement en qualité d’attention. Et le tout sans crispation, sans refoulement, sans insatisfaction, en manifestant au client le fait qu’il est bien là, rien que pour lui.
Aux yeux de la personne en demande, le coach de vie est un « supposé sachant ». Mais en vérité, il n’en est rien. Le coach de vie n’a aucune solution directe à proposer et il ne doit jamais laisser croire le contraire ! Le seul sujet sachant, c’est l’accompagné, mais cela il ne le sait pas encore lorsqu’il s’engage dans le coaching de vie. Tout le travail du professionnel pourrait se résumer à cela : Faciliter le processus de connaissance et de conscience du client à s’entrevoir, à se questionner et à trouver en lui-même la réponse la plus adaptée et la plus juste. Le coach de vie sait qu’il ne sait pas et d’une certaine façon, il le fait savoir au client en lui renvoyant des questions plutôt que des réponses !
Le coach de vie met au travail le client en tant que « sujet sachant » mais celui-ci l’ignore encore… Il ignore qu’il possède en lui les réponses à ses propres questions. Mais le coach de vie est là pour l’accompagner dans ses méconnaissances, dans sa traversée de ses propres lignes de résistances. Tout cela pour qu’il accouche par lui-même, de lui-même, de ses propres solutions et de sa vérité. A y regarder de loin, il y a quelque chose d’impossible dans cette histoire et c’est pourtant ainsi que celle-ci se déroule le plus souvent, et ça marche ! Il y a des jours ou moi-même, ayant pourtant un certain nombre « d’heures de vol de nuit », je reste perplexe sur ce qui se passe et sur la manière dont cela se révèle.
Autour de quoi ça tourne ? D’un savoir qui n’est pas là où la personne coachée l’imagine au départ de la prestation. Mais aussi d’un professionnel dont le savoir n’est pas de répondre aux questions du client, mais de lui poser des questions ! Et cette posture élève incontestablement la dimension de la l‘accompagnement. Un savoir inattendu surgira tôt ou t**d des profondeurs de l’Être du client. En fait, les principaux actes sont portés par le client lui-même. C’est lui qui s’interroge, sonde son intériorité, explore des espaces nouveaux, prend conscience et met en oeuvre.
Coacher, c’est l’art d’accompagner juste. Mais avec réalisme et humilité, je dirai plutôt que c’est l’art d’accompagner vers plus de justesse… Et il faut le dire, accompagner « a des effets » ! Il y a des silences, des paroles, des avènements qui font actes, qui touchent justes.
Dans une mission de coaching de vie, nous sommes généralement deux à chercher. Mais chacun a son histoire ou plus précisément, chacun est là pour des histoires différentes. Le client cherche des réponses. Le coach de vie cherche à questionner le sachant qui ne sait pas qu’il sait. Deux chercheurs, deux chemins, deux vérités… Mais ensemble nous cherchons. C’est ce qui nous rapproche pour ainsi dire ! Et c’est aussi ce qui donne du sens à cette aventure à la fois individuelle et partagée.
Le coach de vie sait du savoir de ne pas savoir. Etrange, n’est-ce pas, de se passionner pour cette posture de non-sachant pour l’autre, à la place de l’autre et d’y trouver de l’épanouissement, du sens, de la générosité, de la fraternité et une immense joie profonde et ontologique. Quelle joie renouvelée à chaque séance de tenter d’incarner le non-sachant pour que le sachant véritable se révèle à lui-même…
Roger DAULIN
Ecol’COACH