09/06/2026
[Histoire de l’orthographe] Clément Marot : « Enfans oyez une leçon… »
Dans le débat actuel provoqué par le ministre de l’Éducation nationale demandant le 26 mars de sanctionner strictement l’orthographe et la grammaire au baccalauréat, penchons-nous un peu sur l’histoire de l’accord du participe passé quand il est employé avec le verbe « avoir ». C’est Clément Marot, grand poète français, qui, le premier, a formulé la règle d’accord, dans une épigramme de 1538:
« Enfans, oyez vne Lecon :
Nostre Langue à ceste facon,
Que le terme, qui va deuant,
Voulentiers regist le suiuant.
Les vieilz Exemples ie suiuray
Pour le mieulz : car a dire vray,
La Chancon fut bien ordonnee,
Qui dit, m’Amour vous ay donnée :
Et du Basteau est estonné,
Qui dit, m’Amour vous ay donné.
Voyla la force, que possède
Le Femenin, quand il precede.
Or prouueray par bons Tesmoings,
Que tous Pluriers n’en font pas moins :
Il fault dire en termes parfaictz,
Dieu en ce Monde nous a faictz :
Fault dire en parolles parfaictes,
Dieu en ce monde, les a faictes. […] »
On appréciera l’importance donnée au féminin ! La règle de Marot ne fut guère suivie au XVIe siècle. Mais au siècle suivant, elle fut sanctifiée par Vaugelas dans ses « Remarques » (1647), qui fut alors suivi en bloc par les imprimeurs et les écrivains classiques : « Les lettres que j’ay receües » (Vaugelas)
Dans les siècles suivants, on découvrit que Vaugelas avait ouvert la boîte de Pandore avec l’inflation des règles d’accord particulières (44 en tout), que les grammairiens n’ont pas toujours bien su traiter, par manque d’analyses linguistiques fiables (par exemple du pronom « en »). Heureusement que dans la boîte de Pandore orthographique il reste, une fois tous les maux envolés, l’espoir de règles plus simples, c’est-à-dire moins nombreuses, comme le propose le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) dans son rapport publié en juin 2024.