Chroniques Grevisse - Usages de la langue française

Chroniques Grevisse - Usages de la langue française Partagez avec nous vos expériences d’enseignants de français.

Les Chroniques Grevisse proposent avec Jean-Christophe Pellat des réflexions sur les usages de la langue française dans tous ses états : littéraires, historiques et contemporains.

[Grammaire] DES NOMS PLURIELS au SINGULIER : les noms collectifsA côté des noms seulement pluriels qui n’ont pas de sing...
09/09/2026

[Grammaire] DES NOMS PLURIELS au SINGULIER : les noms collectifs

A côté des noms seulement pluriels qui n’ont pas de singulier (« annales, confins, entrailles, funérailles, gravats, mœurs, rillettes, ... »), voyons le cas inverse : les noms collectifs, au singulier, dénotent une pluralité d’individus (« une équipe, un bouquet, un troupeau »).
Les noms collectifs « se caractérisent par une discordance entre leur pluralité sémantique (ils désignent des collections ou collectivités d’entités isolables) et leur morphologie singulière » (« Grammaire méthodique du français »). Ils désignent « des regroupements spatio-temporels (essaim, bouquet), fonctionnels (équipe, escadrille, comité, famille), catégoriels (bourgeoisie, patronat) formant une entité homogène » (« ibid. ») ou des collections d’objets (« mobilier, outillage »), qui s’opposent aux noms d’individus comme « chaise », « cheval » ou « homme». L’homogénéité interne de cette catégorie (éléments identiques : un bouquet désigne une pluralité de fleurs) n’empêche pas de mettre ces noms au pluriel : on peut dénombrer les bouquets ou les équipes. Un complément du nom indique la composition de l’entité collective : « un bouquet de roses, une équipe de rugby ».
Certains noms collectifs atteignent un haut degré de généralité : « ensemble, classe, espèce, groupe, collection, ... ». L’indication de regroupement est tellement générale que la nature de leurs éléments n’est guère typée (« un groupe d’arbres, de maisons, de travail, de pression, d’écrivains, ...) et que certains constituent le centre nominal d’un déterminant complexe, dont on oublie alors la signification propre, comme « foule, nuée, tas ». On peut distinguer leur sens propre (« un tas de bois ») et leur sens quantifiant (« un tas d’histoires » = « un grand nombre d’histoires »). Quand ces noms sont employés dans un groupe sujet, on peut hésiter sur l’accord du verbe. Le choix du nombre dépend de l’interprétation : quand on considère globalement la référence, le verbe s’accorde avec le nom au singulier : « Une foule d'embarcations grouille entre les deux rives » (Farrère). Mais pour mettre en valeur la pluralité des individus, on préfère le pluriel : « une foule d'auditeurs demandèrent des explications » (TLFi). Cela peut soulever une foule de questions.

[Orthographe]Comme on parle beaucoup de l’orthographe aux examens (DNB, bac) depuis ce printemps, nous vous donnons à li...
01/09/2026

[Orthographe]

Comme on parle beaucoup de l’orthographe aux examens (DNB, bac) depuis ce printemps, nous vous donnons à lire la « dictée géante » qui a été donnée sur les Champs Elysées, sans voitures, pour établir un record du monde, le 4 juin 2023 à 1397 personnes (récitant : Augustin Trapenard). Aucun sans faute. Elle était annoncée très difficile (vocabulaire, constructions de phrases). A vous de juger. Bonne rentrée à toutes et à tous.

« Qui n’a pas vu Avignon du temps des papes, n’a rien vu. Pour la gaieté, la vie, l’animation, le train des fêtes, jamais une ville pareille.
C’étaient, du matin au soir, des processions, des pèlerinages, les rues jonchées de fleurs, tapissées de hautes lices, des arrivages de cardinaux par le Rhône, bannières au vent, galères pavoisées, les soldats du pape qui chantaient du latin sur les places, les crécelles des frères quêteurs, puis, du haut en bas des maisons qui se pressaient en bourdonnant autour du grand palais papal comme des abeilles autour de leur ruche, c’était encore le tic-tac des métiers à dentelles, le va-et-vient des navettes tissant l’or des chasubles, les petits marteaux des ciseleurs de burettes, les tables d’harmonie qu’on ajustait chez les luthiers, les cantiques des ourdisseuses ; par là-dessus le bruit des cloches, et toujours quelques tambourins qu’on entendait ronfler, là-bas, du côté du pont.
Car chez nous, quand le peuple est content, il faut qu’il danse, il faut qu’il danse ; et comme en ce temps-là les rues de la ville étaient trop étroites pour la farandole, fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait...
Ah! l’heureux temps ! l’heureuse ville ! »
Alphonse Daudet, « Les lettres de mon moulin », « La mule du pape » (extrait)

[Lecture d'été] - Zaho de Sagazan, « La symphonie des éclairs », 2023Il fait toujours beau au-dessus des nuagesMais moi,...
28/08/2026

[Lecture d'été] - Zaho de Sagazan, « La symphonie des éclairs », 2023

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs

Dès sa plus tendre enfance
Elle ne savait pas parler autrement
Qu'en criant tout bas, pas faute d'essayer
De les retenir, ces cris et ces larmes
Qui les faisaient tant-

Il fait toujours beau au-dessus des nuages
Mais moi, si j'étais un oiseau, j'irais danser sous l'orage
Je traverserais les nuages comme le fait la lumière
J'écouterais sous la pluie la symphonie des éclairs (...)

[Lecture d'été] - René Char, Fureur et mystère, « Evadné », 1964L’été et notre vie étions d’un seul tenant.La campagne m...
25/08/2026

[Lecture d'été] - René Char, Fureur et mystère, « Evadné », 1964

L’été et notre vie étions d’un seul tenant.
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante.
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées.
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile.
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre.
La violence des plantes nous faisait vaciller.
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre.
Sur le muet silex de midi écartelé.
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres.
La faucille partout devait se reposer.
Notre rareté commençait un règne,
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années.
La terre nous aimait un peu je me souviens.

[Lecture d'été] Jean Tardieu, Jours pétrifiés, « jour nuit soleil et arbres », extrait, 1947IEst-ce pour moi ce jour ces...
18/08/2026

[Lecture d'été] Jean Tardieu, Jours pétrifiés, « jour nuit soleil et arbres », extrait, 1947
I
Est-ce pour moi ce jour ces tremblantes prairies
ce soleil dans les yeux ce gravier encor chaud
ces volets agités par le vent, cette pluie
sur les feuilles, ce mur sans drame, cet oiseau ?
II
L’esprit porté vers le bruit de la mer
que je ne peux entendre
ou bien vers cet espace interdit aux étoiles
dont je garde le souvenir
je rencontre la voix la chaleur
l’odeur des arbres surprenants
j’embrasse un corps mystérieux
je serre les mains des amis. (...)

[Lecture d'été] - Albert CAMUS, Noces à Tipasa, 1938Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent ...
11/08/2026

[Lecture d'été] - Albert CAMUS, Noces à Tipasa, 1938

Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s'ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes. A l'heure où nous descendons de l'autobus couleur de bouton d'or, les bouchers dans leurs voitures rouges font leur tournée matinale et les sonneries de leurs trompettes appellent les habitants. (...)

[Lecture d'été] Apollinaire, Alcools, « Chanson du mal-aimé », extrait, 1913Voie lactée ô sœur lumineuseDes blancs ruiss...
04/08/2026

[Lecture d'été] Apollinaire, Alcools, « Chanson du mal-aimé », extrait, 1913

Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses

Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
À sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons (...)

[Lecture d'été] Verlaine, Poèmes saturniens, « Soleils couchants », 1866Une aube affaiblieVerse par les champsLa mélanco...
28/07/2026

[Lecture d'été] Verlaine, Poèmes saturniens, « Soleils couchants », 1866

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants, sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants, sur les grèves.

[Lecture d'été] Arthur Rimbaud, Illuminations, 1895J’ai embrassé l’aube d’été.Rien ne bougeait encore au front des palai...
21/07/2026

[Lecture d'été] Arthur Rimbaud, Illuminations, 1895

J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. A la grand’ ville, elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil il était midi.

[Vocabulaire] Météo et climatPar ces temps de canicule, on parle de météo et de climat.Le nom « climat » est emprunté (v...
16/07/2026

[Vocabulaire] Météo et climat
Par ces temps de canicule, on parle de météo et de climat.
Le nom « climat » est emprunté (v.. 1278) au latin , calqué du grec, « clima », « inclinaison de la calotte céleste », d’où « partie du ciel », puis « latitude ». Son premier sens en français est proche du latin : il « désigne une zone terrestre déterminée par des facteurs géographiques comme sa situation par rapport aux corps célestes, et considérée sous l’angle des conditions atmosphériques », plus généralement une « région » (« Dict. histor. lgue frcse »). Ainsi, la « théorie des climats » de Montesquieu est géographique et non météorologique. Dans son sens moderne (XVIIIe siècle), « climat » désigne « l’ensemble des conditions atmosphériques et météorologiques d’un lieu » (« ibidem »), l’atmosphère passant avant le lieu. La « climatologie » (1834) est l’étude des climats effectuée par les climatologues (1952).
Le nom « météorologie », abrégé en « météo » (argot des tranchées, 1917), est emprunté (1547) au grec « meteorologia », qui est l’étude des phénomènes ou corps célestes (les « météores », dans leur premier sens issu du grec). La « météorologie » désigne « la science qui étudie les phénomènes atmosphériques pour prévoir le temps » (« Dict. histor. lgue frcse »). Cette science a sensiblement progressé depuis le XVIIe siècle avec les instruments de mesure et « l’étude des souches de l’atmosphère, des nuages, des vents (« Ibidem »), effectuée par les « météorologues » (1783).
La météo et le climat sont liés. Les phénomènes météorologiques (canicules, pluies, ...) deviennent extrêmes avec le réchauffement climatique.
Nous lirons cet été différents textes évoquant l’atmosphère, les saisons, le climat.

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