25/10/2026
Ephéméride
25 octobre 1972 : ON BROUTE SUR LE CHAMP DE MARS
Les brebis du Larzac montent à Paris dans la nuit du mardi 24 au 25. Pour les paysans qui s’opposent à l’extension du camp militaire qui doit couper en 2 le département de l’Aveyron, le choix de la date avait un double objectif : il correspond à l’ouverture de l’enquête d’utilité publique du projet de l’Etat, en espérant qu’un mercredi, il y aurait beaucoup de mamans se promenant avec leurs enfants… Il y a aussi des photographes. Le lendemain, à la une de La Dépêche, la photo des Lacaunes broutant tranquillement à l’abri de la Tour a fait sensation.
« Devant quelques touristes ébahis, raconte le journal, une 60aine de brebis peintes en bleu, portant sur le dos l’inscription « Sauvons le Larzac », ont été lâchées sur le Champ-de-Mars par 103 paysans du Larzac… ». Et plus loin : « Les paysans interrogés estiment que la véritable utilité publique du plateau du Larzac ne réside pas dans son occupation par l’armée, mais plutôt par leur présence, car ils ont su en faire une terre d’agriculture dynamique dans un magnifique parc naturel sans clôture ».
Avec cette 1ère action au retentissement national, les paysans donnaient le coup d’envoi d’un combat de dix ans, « pour la paix » car contre l’armée.
Tout avait commencé le 11 octobre 1970. Dans un restaurant de la Cavalerie, au cours d’une réunion de l’UDR (droite), le secrétaire d’Etat à la Défense, Alain Fanton, avait dévoilé un projet confirmé ensuite à la télévision par Michel Debré dont la rumeur était ancienne : l’extension du camp militaire du Larzac.Son enceinte devait passer de 3 200 à 14 000 hectares pour entraîner les divisions blindées et les engins lance-missiles. De quoi faire tourner le lait des brebis dont on fait le Roquefort.
Plus vite que le pouvoir pompidolien (puis giscardien) ne l’imaginait, la résistance s’était organisé. La 1ère manifestation, en 71, avait réuni 6 000 personnes à Millau, puis au printemps 72, un jeûne avait eut lieu à La Cavalerie, avec le disciple de Gandhi, Lanza Del Vasto. « Lui, il a donné 14 jours de sa vie et nous les paysans, avons jeûné 24 heures à tour de rôle, a raconté Christiane Burguière, une des militantes… Et pour un paysan, se priver de manger pendant 24 heures, ce n’est pas rien, c’est là que nous nous sommes connus entre nous et ça a été très fort. »
2 mois après le passage des brebis, Ce sera au tour des tracteurs se prendre la route de Paris en un convoi de 5 jours au départ de Millau. Autour du slogan « Gardarem lo Larzac », les luttes de gauche s’agrègeront, des comités Larzac se créeront par 10aines.
Lors d’une destruction de documents, 22 paysans seront arrêtés et certains feront de la prison. Mais comme le proclamera l’artiste Ben Vauthier, « Gardarem lo moral » ! Le moral tiendra jusqu’à l’élection de François Mitterrand en 81, qui condamnera le projet d’extension du camp militaire.