08/09/2026
⚖️ Maladies professionnelles : la Cour de cassation vient de changer les règles du jeu. Devinez pour qui. ⚖️
Depuis 2017, c'était simple. Un salarié atteint d'une maladie professionnelle, après avoir travaillé pour plusieurs employeurs, pouvait poursuivre l'un d'eux pour faute inexcusable. Et c'était à cet employeur de prouver que la maladie ne venait pas de chez lui.
Logique. Qui connaît ses ateliers, ses produits, ses fiches de sécurité (ou leur absence) ? L'employeur. Pas la veuve.
Le 25 juin 2026, la deuxième chambre civile a décidé que cette logique n'était « plus en cohérence ». Traduction : désormais, c'est à la victime – ou à ses ayants droit – de prouver qu'elle a bien été exposée au risque chez cet employeur-là. 🔄
Et cela vaut pour toutes les maladies professionnelles : amiante, solvants, hydrocarbures, silice, troubles musculo-squelettiques… Dès qu'il y a eu plusieurs employeurs, la question se pose.
Petit détail : pour de nombreuses pathologies, la maladie se déclare dix, vingt, trente ans après l'exposition. L'amiante en est l'exemple le plus brutal, pas le seul.
Petit détail bis : dans l'affaire jugée, le salarié était mort. Ce sont ses proches qui devaient reconstituer, par attestations de tiers, les conditions de travail d'un homme qui n'était plus là pour les décrire.
Ils ont perdu. Preuve « insuffisante ». 🤷
On nous explique que c'est le retour au droit commun : article 1353 du Code civil, celui qui réclame doit prouver. Que la présomption d'origine professionnelle ne vaut qu'entre la victime et la caisse, pas contre l'employeur. Que l'indépendance des rapports juridiques est rétablie.
Techniquement, c'est propre. Dogmatiquement, c'est défendable.
Humainement, on vient de demander à des familles endeuillées d'apporter la preuve d'une exposition vieille de trente ans, face à une entreprise qui, elle, a gardé les archives. Ou pas. ⚖️
👉 Ce qu'il faut retenir concrètement :
▪️ La reconnaissance de la maladie professionnelle par la CPAM ne suffit plus : elle ne crée aucune présomption d'exposition chez un employeur précis.
▪️ La victime doit désormais prouver les trois éléments de la faute inexcusable : la conscience du danger, l'absence de mesures de protection, ET l'exposition au risque chez l'employeur poursuivi.
▪️ La preuve reste libre : témoignages, présomptions de fait, faisceau d'indices (C. civ., art. 1353 al. 2 et 1382).
▪️ Le dossier probatoire se construit avant la déclaration de maladie professionnelle, pas après. Chaque employeur, chaque période, chaque poste.
▪️ La solution est générale. Ancrée sur l'article 1353 du Code civil, elle pourrait s'étendre à d'autres contentieux d'imputabilité en droit de la sécurité sociale.
Le message de la Cour aux victimes est clair : constituez vos preuves de votre vivant. Sinon, vos proches se débrouilleront.
Il reste au législateur – ou aux fonds d'indemnisation – à décider si ce « point d'équilibre » en est vraiment un. 💡
📌 Cass. 2e civ., 25 juin 2026, n° 23-22.278, publié au Bulletin – revirement de Cass. 2e civ., 15 juin 2017, n° 16-14.901.