08/01/2026
Intéressant...
La cellule de solitude 🫂
C'est une idee que je vois se developper dans quelques ecuries actives notemment, et que j'applique depuis plusieurs années par instinct, sans vraiment y avoir réfléchis.
Le terme est de moi, et je l'ai volontairement appelée cellule de "solitude" et pas d'isolement, dans le sens que je n'accorde pas a ces deux mot la meme signification : la solitude est choisie (par le cheval), et l'isolement subit (obligé par l'humain).
Bref, ça c'est juste de la sémantique.
Il s'agit d'un paddock, boxe, pré, ou les chevaux peuvent se retirer, et dans lequel il peut y avoir à manger ou non.
Le but est de permettre aux chevaux qui le souhaitent de manger paisiblement, ou juste de passer un moment vraiment tranquilles.
Et quand on s'en sert, on remarque que malgré la socialité des chevaux, non seulement ils aprennent très vite à s'en servir, ils en comprennent l'intérêt, et aussi ils semblent y trouver une réelle quietude.
Certains individus montrent un vrai besoin d'isolement, et le fait de le leur permettre ameliore grandement leur sérénité au long cours.
C'est un outils interessant dans n'importe quelle situation d'hébergement, mais qui le devient d'autant plus quand la place est limitée, quand les zones d'affouragement sont rapprochées, ou même simplement quand on a un ou des chevaux avec des comportements difficiles à assortir.
Comprenez que même si tout va bien dans le troupeau, meme si les surfaces ont ete bien réfléchies et sont suffisantes et que le nourrisage est suffisament réparti, cela peut créer une solution "tampon", qui va aider à amortir les inévitables fluctuations de la réalité.
Surtout quand on est pro, qu'on a beaucoup de chevaux, et pas forcément le loisir de sortir du troupeau tel ou tel éléments solitaire, ou perturbateur...
D'ailleurs, l'usage d'une zone de solitude semble apporter du confort à l'individu qui s'isole, mais aussi, par extension au reste du troupeau. Par exemple, un cheval harcellé peut s'accorder du temps au calme, et le ou les harcelleurs, privés de leur cible, vont finalement se trouver une activité plus douce que de toujours veiller à ce que leur voisin ne mange pas. J'ai l'impression que dans une situation d'animosité entre deux individus, il n'y a pas que la victime qui souffre, mais aussi le bourreau, qui, peu importe pour quelles raisons, est toujours en situation de vigilance/frustration/agacement...
Vous allez me dire (c'est deja fait dans les commentaires) que la solution évidente, c'est de laisser assez d'espace aux chevaux pour qu'ils s'isolent eux même.
Alors deja, même abec beaucoup d'espace, il peut arriver qu'un membre du troupeau n'arrive pas à trouver le repos qu'il espere. Par exemple a cause d'un congénère harceleur.
Mais aussi, en terme d'hébergement, on est obligés de se placer dans le contexte reel, rt pas théorique.
Bien sur qu'en theorie, sur 200 hectares d'espace, ils vont trouver la place se se retirer.
Mais la réalité c'est que peu de monde dispose de ce privilège, deja l'été, mais que l'espace se reduit encore a la saison d'affouragement.
On ne peut pas juste dire "t'as qu'a avoir plus de place". Non seulement ce n'est pas une garantie de réussite, mais en plus, c'est inateignable (géographiquement, topologiquement, financièrement...) pour la plupart des exploitations.
Il faut donc adapter ses installations aux contraintes de l'environnement.
Alors comment la mettre en place ?!
Dans les ecuries actives, c'est "facile" (ne croyez pas que je sous estime l'investissement, la réflexion et l'organisation que c'est néanmoins).
Il suffit d'avoir une zone dont l'ouverture est discriminée par le collier électronique, qui ne tolerera la presence que d'un seul cheval à la fois.
Dans certaines installations, on peut aussi regler le temps de solitude, pour qu'un seul cheval ne s'accapare pas la "resource sérénité", par exemple avec des automates qui referment le ratelier au bout de x temps de présence du meme collier électronique.
Dans une installation non automatisée, c'est moins facile, mais faisable.
On peut par exemple installer un paddock dont l'entrée est limitée en hauteur (ça se fait pour les poulains d'ailleurs ), pour que déjà les plus petits du troupeau puissent passer un peu de temps à l'écart.
C'est clairement imparfait (ils peuvent être 5 petits en même temps à l'intérieur par exemple, et ca ne permet pas aux grands de s'isoler) , mais c'est un début.
Je suis un peu mal à l'aise personellement avec le fait d'apprendre à un cheval à passer sous la clôture... Mais d'expérience, j'ai vu qu'ils n'exportent pas ce savoir à leur clôture "normale" (donc électrifiée 😉).
Et bien sûr, il reste la solution "manuelle".
C'est celle que j'utilise depuis longtemps pour Roro, qui manifeste le besoin assez récurrent d'avoir des sas de décompression.
S' il est trop longtemps soumis au troupeau, notemment dans le contexte hivernal, qui offre moins d'espace de pâturage, il devient irritable, aigris. Et il ne sait pas toujours se faire respecter de Mandore, qui a l'énergie de sa jeunesse, et la ténacité de ses hormones.
Je lui permet donc parfois d'etre tout seul, en le passant dans une partie du parc à part.
Il peut toucher ses copains par dessus le fil (attention, à ne faire que si vous etes surs qu'ils n'y aura pas d'effusions !), il peut les voir, mais surtout, il peut s'en ecarter tranquillement.
Je ne suis pas tres régulière : au gré de mes observations, je peux le séparer 3h par jours, ou 15 jours d'affiler.
Quand Roro est apaisé, je le repasse avec les autres.
Ou parfois, je sépare Mandore, qui le vit très bien également. Il est par le fait soulagé de son envie permanente de titiller les deux autres, qui lui opposent un refus assez récurent de jouer... Et finalement il s'apaise.
Et souvent, ils sont aussi tous les 3, et tout se passe bien. Il faut voir et jongler.
Bien sûr, c'est une astreinte, mais dans ma situation c'est possible, et surtout, j'y vois une tres nette amelioration de la quiétude générale.
D'ailleurs, dans beaucoup de situations ou les accords de troupeau sont penibles mais qu'on n'a pas le choix que de faire avec, j'ai remarqué que c'est une solution facile à mettre en œuvre, et tres bien tolérée par les chevaux d'être ensemble dans le même parc, mais avec 1 ou 2 individus justes séparés par un fil. Ça empêche les effusions non voulues, tout en gardant le troupeau "complet", et stationné au même endroit (donc c'est plus facile à gerer que deux troupeaux séparés de 2 kilomètres).
Par défaut, et comme on veut le meilleur pour nos chevaux, on leur offre le troupeau. Et tant mieux.
Mais on a tout ete confrontés à des situations qui montrent les limites de la sociabilité des chevaux, et pourtant, on ne pense pas forcément, ou on n'ose pas leur permettre de depasser ces limites.
On imagine toujours la solitude comme une
Punition, mais en réalité, elle est souvent un besoin qu'on n'a pas appris à repérer, et pour lequel on ne met pas les solutions en place.
Bien sur, il faut observer chaque cheval.
L'automatisation des possibilité d'isolement rend les choses vraiment faciles, car les chevaux sont parfaitement libres de leur choix..
Si on procède de manière manuelle, cela suppose de les observer attentivement pour connaître leur approbation ou non de la situation. Mais je crois fermement que quand on s'occupe d'eux à 100%, on les connait avec une finesse qu'aucun observateur extérieur ne pourrait avoir.
Dans tous les cas, si vous en etes à l'étape de construction du futur lieu de vie de vos chevaux, il me paraît absolument incontournable de prevoir la possibilité d'au moins 1 solution de division de l'espace, avec toutes les ressources disponibles de chaque côté.
Et si vous vous destinez à recevoir beaucoup de chevaux, je pense que vous ne pouvez pas faire l'impasse sur la manière de séparer au moins 2 ou 3 espaces de vie différents.
Vous pouvez ne pas vous servir de ces possibilités (tout laisser ouvert par exemple), mais avoir reflechit en amont à la possibilité de séparer pour que cela soit facilement faisable quand ça sera nécessaire. Parce que dans 100% des cas, ca sera un jour nécessaire.
Qu'en pensez vous mes z'herbettons ?!