16/06/2019
Société civile : le pied dans le plat
Il y a quelques jours, une plate forme tripartite de la société civile ( Rédhac, Dynamique citoyenne et Un monde Avenir) a fait une sortie médiatique sur la crise sociopolitique persistante du Cameroun, faisant le constat que le pays était en délabrement sécuritaire, politiquement bloqué par les tensions postélectorales, socialement en décomposition, et économiquement «à terre ».
Elle a rappelé ce que le monde entier, après l’essentiel des forces sociopolitiques et économiques du Cameroun, propose au Président Paul Biya et son gouvernement, pour amorcer une sortie honorable de cette inhumaine situation. Elle a fait observer à juste titre, que le Président et son régime faisaient le dos rond, comme pour laisser passer le vent avant de continuer leur chemin d’autistes. Elle a conclu de cette attitude que si ainsi, le peuple camerounais n’avait plus personne à qui recourir pour le libérer de ses souffrances, et sauver son pays de la ruine, il ne lui restait plus qu’à réagir comme d’autres peuples en situation similaire, pour se libérer et sauver son pays.
Il est notamment demandé à M. Biya, supposé utiliser son pouvoir au service de la nation camerounaise, et non pour son plaisir personnel, d’ouvrir un dialogue inclusif, incluant immédiatement la fin de la guerre dans la partie anglophone du pays, (et la révision consensuelle du Code électorale s’il tient à respecter son calendrier électoral 2019), incluant ensuite la négociation consensuelle d’une nouvelle forme de l’Etat, et enfin une réforme constitutionnelle qui, sur la base de la nouvelle forme de l’Etat, doterait le pays d’institutions républicaines consacrant un Etat de droit, et un système électoral propice au gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.
On peut y ajouter, à l’intention des « intellectuels organiques » du régime qui demandent « avec qui on doit négocier », que le dialogue, en ce qui concerne la fin de la guerre, c’est entre les anglophones et le gouvernement, et non entre les anglophones et les francophones. Et que par conséquent, ce n’est pas dans l’intérêt dudit dialogue, d’empêcher la grande conférence des anglophones qui doit permettre à leurs séparatistes, leurs unionistes et leurs fédéralistes de faire le consensus sur leur position face au gouvernement.
Ceci est un préalable à la partie faitière du dialogue qui porterait sur la forme de l’Etat, sur l’élaboration d’une constitution républicaine et d’un système électoral consensuel et juste, et qui doit réunir anglophones et francophones autour d’une table ronde.
Comme peut le comprendre qui veut comprendre, il ne s’agit pas d’un jeu, mais d’une exigence de refondation à laquelle le Chef de l’Etat ne peut pas répondre simplement par procuration qu’il est « prêt à discuter de tout sauf de la sécession ». Comme s’il ne comprenait pas que les velléités sécessionnistes sont la simple conséquence d’un rejet organique historiquement circonstanciel, et donc réparable par un dialogue approprié.
Il ne s’agit pas de dire qu’on est ouvert au dialogue, soi-disant parce que «Le dialogue n’est pas un événement mais un processus » comme dit un avoué Rdpeciste sur les plateaux d’Equinoxe TV, mais de DECIDER que le dialogue ait lieu, et de désigner des personnes appropriées pour en établir au vu et au su de tous, l’objet général, les objectifs spécifiques, le chronogramme et le cadre logique.
Refuser par vanité humaine, de saisir l’opportunité historique de reconstruire en 3 ans (suivez ma mémoire) une nation qu’il a laissé détruire pendant 37 ans, serait de la part de M. Biya, confirmer le manque d’empathie qui le caractériserait selon certains, à l’égard des Camerounais et leur nation. Et si un Chef d’Etat n’a ni d’empathie, ni de sympathie, ni de la simple compassion pour son peuple, que fait-il donc de son pouvoir, et même que fait-il si longtemps au pouvoir ? La distanciation permanente à l’égard de son peuple est-elle un mode démocratique de gouvernement ?
La vocation de la société civile n’est pas l’exercice du pouvoir d’Etat, mais l’accompagnement des populations dans la recherche de leur bien-être et dans la défense de leurs droits.
Ceci veut dire que, si elle s’aperçoit que ces populations sont victimes d’un tel mode de gouvernement, et que par ignorance, par peur, ou par manque de foi en elles-mêmes, elles croient que c’est le Bon Dieu qui viendra les en libérer, elle a l’obligation de taper du poing sur la table pour les réveiller, avant que l’océan de misère qui déferle ne les emporte dans leur sommeil.
On peut tendancieusement qualifier « d’appel à l’insurrection », le simple coup de point sur la table donné dans un point de presse, par le Rédhac, Dynamique citoyenne et Un Monde Avenir. Ce faisant, on suggère que la société civile appelle les populations à se soulever pour renverser le pouvoir établi. Sauf que l’insurrection peut se limiter à une simple révolte collective contre l’injustice, lorsque le peuple, spolié de manière systémique et résolue de l’essentiel de ses droits (libertés, urbanité, paix, bien-être et fierté) est ainsi acculé à la légitime défense, par une oligarchie autiste et prédatrice qui n’entend que les appels du ventre.
Car, comme la grève dans une entreprise où les travailleurs maltraités ont épuisé tous les moyens conviviaux de revendication, l’insurrection selon la morale démocratique est le recours ultime pour un peuple qui n’a plus d’autre choix que la violence pour se faire entendre par ses dirigeants Au demeurant, l’Histoire renseigne que l’insurrection est spontanée et inévitable lorsqu’un peuple a atteint le paroxysme de son indignation par rapport à la mal gouvernance. Du coup, la seule manière d’éviter l’insurrection, c’est de bien gouverner quand c’est encore possible, ou de passer le relais. Car quand une personne est visiblement à bout de forces, il est toujours sage pour elle de quitter les affaires avant que les affaires la quittent.