08/03/2024
Six milliards de litres d’eau pour exploiter les énergies fossiles en Colombie-Britannique
Alexandre Shields
L’industrie pétrolière et gazière en Colombie-Britannique a utilisé l’an dernier plus de six milliards de litres d’eau douce, en bonne partie pour les opérations de fracturation nécessaires à l’exploitation gazière. Des écologistes dénoncent d’ailleurs la consommation croissante d’eau par des entreprises accusées d’alimenter une crise climatique qui provoque des sécheresses, notamment dans la province.
Selon les données officielles de BC Energy Regulator (BCER), qui réglemente l’exploitation des ressources énergétiques en Colombie-Britannique, le secteur pétrolier et gazier a pompé un peu plus de six milliards de litres d’eau en 2023, principalement dans le nord-est du territoire, où on retrouve la majorité des sites d’exploitation gazière.
Comme ce gaz est exploité essentiellement dans des « réservoirs étanches », les entreprises doivent recourir à la fracturation hydraulique, une technique similaire à celle utilisée pour le gaz de schiste. Chaque forage nécessite ainsi plusieurs millions de litres d’eau auxquels on ajoute divers produits chimiques dont certains sont toxiques pour l’environnement.
Le BCER précise dans son rapport sur les prélèvements annuels d’eau, publié récemment, que des aquifères et plusieurs rivières sont utilisés comme sources d’approvisionnement pour les opérations de l’industrie des énergies fossiles.
L’entreprise ARC Resources, qui exploite du gaz par fracturation, a ainsi pompé l’an dernier près de 150 millions de litres d’eau dans la rivière Kiskatinaw, dont le cours traverse un parc provincial.
16 milliards
C’est le nombre de litres d’eau qui pourraient être consommés par année, selon la Fondation David Suzuki.
Le gaz exploité par cette entreprise servira notamment à alimenter l’usine flottante de liquéfaction de Cedar LNG, conçue pour l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) par navire méthanier vers le marché Asie-Pacifique. La société d’État Exportation et développement Canada a accordé un financement de 400 à 500 millions de dollars à ce projet, dont la construction a été saluée par le premier ministre Justin Trudeau. Le projet a été approuvé l’an dernier par le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault.
LNG Canada, un autre projet soutenu par le gouvernement Trudeau, a pompé un peu plus de 80 millions de litres d’eau dans la rivière Kitimat, mais le projet est autorisé à prélever annuellement près de 1,5 milliard de litres. Petronas Energy Canada, filiale de la multinationale malaisienne Petronas, a quant à elle pompé près de 130 millions de litres d’eau l’an dernier pour ses opérations.
Eau et sécheresse
L’organisation écologiste Stand.earth dénonce la consommation croissante d’eau douce par l’industrie pétrolière et gazière en Colombie-Britannique, rappelant que les six milliards de litres pompés en 2023 représentaient une hausse de 800 millions de litres par rapport à l’année précédente.
La croissance est d’ailleurs constante depuis quelques années, puisque l’industrie avait pompé un peu plus de deux milliards de litres en 2018, selon les données officielles de la province. À ce rythme, et en tenant compte de la hausse prévue de la production gazière par fracturation, la Fondation David Suzuki estime que la consommation annuelle d’eau pourrait avoisiner les 16 milliards de litres d’ici 2050.
« La hausse de la consommation d’eau par l’industrie ne montre aucun signe de ralentissement », déplore Sven Biggs, spécialiste des enjeux du secteur pétrolier et gazier pour Stand.earth. L’organisme réclame donc la mise en place d’une réglementation qui obligerait l’industrie à réduire le pompage dans les rivières et les aquifères de la Colombie-Britannique, mais aussi à traiter toutes les eaux utilisées pour fracturer les formations géologiques qui renferment du gaz naturel.
Stand.earth rappelle du même souffle que la province fait face à des sécheresses qui seraient liées aux impacts de la crise climatique alimentée par notre dépendance aux énergies fossiles.
Le gouvernement provincial a d’ailleurs lancé en juin une campagne de sensibilisation destinée aux citoyens afin de les inciter à réduire leur consommation d’eau, notamment en réduisant l’arrosage, en fermant le robinet lors du brossage des dents et en optant pour des appareils électroménagers qui permettent de consommer moins d’eau.
La consommation d’eau douce par l’industrie pétrolière et gazière augmente chaque année dans la province.