Kem Ta Mery

Kem Ta Mery ILE ENIAN DUDU

Apprenons à pêcher plutôt que d'attendre qu'on nous donne du poisson. Comergence a précisément le profil d’une telle organisation

Ce n’est un secret pour personne que les immigrants éprouvent des difficultés à s’insérer harmonieusement dans les communautés d’accueil canadiennes en général et québécoises en particulier. Ces difficultés varient, peu importe la provenance des immigrants, selon l’âge, le sexe, la scolarité, le domaine de formation, etc. Toutefois, ce sont les communautés issues de l’immigration africaine (CIIA)

qui sont considérées comme celles où ces difficultés sont les plus graves et le plus alarmantes. Les statistiques sur le taux de chômage, la sur-scolarisation, le revenu, l’accès à la propriété, etc., en apportent un témoignage assez éloquent. Actuellement, par exemple, on estime le taux moyen de chômage dans les CIIA à environ deux fois celui des sociétés d’accueil. Le taux de scolarisation représente aussi à peu près deux fois celui de la société d’accueil. En réalité, c’est la difficulté de trouver un emploi qui est la véritable raison de la sur-scolarisation observée parmi les membres des CIIA. Plusieurs organisations existent aujourd’hui, aussi bien dans les CIIA que dans les sociétés d’accueil, qui tentent d’apporter à leur manière une réponse aux difficultés que rencontrent les membres des CIIA à s’épanouir au sein de leurs communautés d’accueil. S’il faut saluer les efforts qu’ont fournis et fournissent encore ces organisations, force est quand même de constater que, par rapport au chemin qui reste à parcourir, les résultats obtenus sont peu encourageants. Certains proposent d’emblée que l’on évite de multiplier les organisations et que l’on travaille plutôt à renforcer et à faire connaître celles existantes. À notre sens, on ne peut décider de l’option à privilégier sans avoir au préalable soumis ces questions à une analyse rigoureuse. Nous présentons ici l’analyse qui nous a conduit à favoriser la création d’une nouvelle organisation, en l’occurrence Comergence. Nous savons que les structures existantes sont méconnues ou peinent à se faire connaître pour deux raisons principales. Certaines ont une mission concentrée sur des problématiques très locales et se préoccupent peu de se faire connaître au-delà des limites du territoire desservi. Il faut dire que la plupart de celles qui ont une ambition territoriale moins localement circonscrite manquent individuellement de ressources à investir dans leur visibilité. Soyons d’accord sur une chose : les communautés issues de l’immigration africaine (CIIA) au Canada, pour se développer durablement, doivent se doter de capacités individuelles et de capacités collectives qui leur permettent de se prendre effectivement en main. Or, la plupart des structures existantes dans les CIIA concentrent leurs efforts sur le développement de capacités individuelles notamment, celles qui peuvent accroître l’employabilité et l’habilité à entreprendre des membres de ces communautés. Il est évident que se contenter seulement de développer des capacités individuelles confine les CIIA dans un rôle passif par rapport à la création d’emploi et au financement des initiatives des membres en leur sein. Qu’il ne nous échappe pas qu’accroître l’employabilité ou la capacité d’entreprendre ne résout qu’une partie du problème de l’emploi et de l’entrepreneuriat qui se pose aux CIIA. L’incertitude qui entoure la disponibilité de l’emploi et du financement reste entière. Elle ne diminuera pas parce qu’on a maintenant des gens bien outillés pour chercher des emplois ou pour entreprendre. Il faut encourager la création de réseaux au sein de la communauté et l’insertion dans des réseaux de la communauté d’accueil. Nous savons que l’information utile obtenue à temps tend à accroître considérablement la chance de décrocher un emploi. Or, c’est ceux qui ont accès à des réseaux de connivences étendus qui obtiennent cette information avant qu’elle ne devienne publique. Il faut donc que le membre s’insère dans des réseaux qui accroîtront sa mobilité et ses chances de trouver un emploi. Au-delà des réseaux, il faut créer des emplois et s’organiser pour accroître l’accès au financement dans la communauté pour la communauté en comptant d’abord sur les moyens propres de cette communauté et sur une stratégie partenariale qui tient compte de ses besoins réels. Les structures existantes, autant que les individus, prises isolément dans la communauté, ont des capacités très limitées pour faire avancer leurs projets personnels et pour investir seules dans leur visibilité. Les faire connaître peut très bien représenter une mission légitime pour une organisation que les structures concernées se mettent ensemble pour créer ou qui émerge de manière indépendante afin de répondre à ce besoin. Pour leur être vraiment utile, cette organisation doit aller au-delà d’un rôle de représentation et de la simple dissémination d’informations pour jouer un rôle actif dans la coordination et l’intégration des activités des structures concernées. Pour ce faire, elle devrait organiser la mise en commun de ressources par les structures existantes pour aider les entités individuelles à réduire leurs coûts de transaction et à réaliser d’importantes économies d’échelles. Voilà démontrée la nécessité dans les CIIA de se doter d’une organisation qui coordonne et intègre les initiatives d’entités individuelles pour les rendre plus efficientes et efficaces et pour qu’elles deviennent plus visibles. La formule "coopérative entreprise partagée", comme forme organisationnelle, peut bien relever ce défi. Oui, il faut travailler pour faire connaître les structures existantes, mais cela ne suffit pas. Oui, il faut coordonner et intégrer les activités des organismes existants pour qu’ils soient efficients afin de répondre plus efficacement au besoin qui leur a donné naissance, mais cela ne suffit pas non plus. Pour que la mission de cette organisation à créer puisse être complète et couvrir les besoins réels des CIIA, il faut qu’elle crée, en plus des réseaux d’organismes, des réseaux de connivences de membres, qu’elle stimule l’épargne pour accroître l’accès des membres au crédit, qu’elle crée des emplois par des investissements directs dans des projets individuels ou collectifs visant à apporter des solutions aux problèmes auxquels font face les CIIA.

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