27/06/2022
Ancien edito du journal "Le Soir", mais toujours d actualité en cette fin juin.
Et si l’échec était une fenêtre qui s’ouvre?
Mis en ligne le 27/06/2019 à 08:00
Par Béatrice Delvaux
L’éditorial de Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef.
Pour les spécialistes, il vaut mieux éviter de parler d’échec. Nous préférons parler d’expérience dont il faut tirer les leçons pour amener à une prise de conscience ». - D.R.
Votre fils ou votre fille est revenu avec un bulletin bardé d’échecs ? Un seul remède : achetez ou empruntez le livre Les vertus de l’échec du philosophe Charles Pépin. Pas pour votre enfant, pour vous. Ce serait même une lecture d’été hautement recommandée pour tous, histoire de dégoupiller la gr***de prête à exploser à chaque fois que nous avons le sentiment d’avoir raté notre coup, d’être à côté de l’objectif visé. Afin surtout de piétiner cette double peine qui consiste à penser que notre échec nous met plus bas que terre – « Je ne suis qu’un nul » – en même temps qu’il nous humilie – « Mais qu’est-ce que les autres vont penser de moi ? ».
Le livre de Charles Pépin est en particulier recommandé à tous les patrons, les profs et ceux qui sont amenés à gérer l’être humain en action, en train de donner le meilleur de lui-même ou de tenter une aventure. Echouer est tabou dans nos sociétés où l’on fait la part belle aux parcours de ces personnages à qui « tout réussi » érigés en modèle. Que d’exagérations dans ces récits « parfaits » qui oublient de signaler que celui qui prétend n’avoir jamais mordu la poussière en cours de route ment très souvent, mais se rend aussi insupportable par son arrogance, son manque d’empathie et son incapacité à coacher et encourager, faute de considérer qu’une vie est un parcours long : le succès ou l’échec d’un jour n’est qu’une petite étape qui peut être mille fois démentie.
On ne vaut pas soudain « rien » parce qu’on n’a pas le bulletin du siècle. Mais la société a une responsabilité énorme dans notre capacité de résilience que tout seuls, nos enfants auront bien du mal à développer. Les parents ont aussi un rôle clé dans la manière dont ils mènent leurs combats et revendiquent leurs blessures de vie. « L’échec n’est pas un arrêt de mort, mais un pas vers la réussite, l’occasion aussi d’expérimenter » : ce n’est pas un mantra pour dépressifs mais la conclusion tirée de nombre d’exemples, de Rafael Nadal à Thomas Edison en passant par Darwin, Michael Jordan, Steve Jobs ou JK Rowling. « Toute notre vie, nous pouvons nous réinventer », explique le philosophe français, à condition de cultiver une sagesse de l’échec vu comme une occasion de mieux entendre notre désir profond, de nous rendre disponible pour de nouvelles voies, plus libre de nous tromper ou de progresser.
Une dernière petite phrase « réconfort » pour la route des vacances ? « Une vie réussie est une vie dans laquelle on explore de manière créative sa pluralité. Avec cette définition, les échecs prennent une autre coloration : ils sont moins les portes qui se ferment que des fenêtres qui s’ouvrent. Ce qui serait irréparable, c’est d’arriver au seuil de la mort en demeurant ignorant d’une grande partie de soi. »