27/04/2026
Commémoration du Génocide des Arméniens de 1915 ce vendredi 24 avril, organisé par le Comité des Arméniens de Belgique.
Avec les prises de paroles de:
Père Zadik Avedikian - pour l'Eglise apostolique arménienne
Koen Jacobs - en remplacement de Monsieugneur Luc Terlinden, archevêque de Malines-Bruxelles
Robert Unusyan - Président du Comité des Arméniens de Belgique
Michel De Maegd - pour la Chambre des représentants de Belgique
Karl Valouwe - pour le Sénat de Belgique
Romain De Reusme - bourgmestre de la commune d'Ixelles
Vardan Sargsyan - pour l'ambassade d'Arménie en Belgique
Le Comité remercie tous les participants et invités pour leur présence et leur soutien à cette occasion.
Extrait du discours de Robert Unusyan, Président du CAB:
"Le Génocide de 1915 a laissé une trace indélébile sur la mémoire collective arménienne, mais pas seulement. Il a également marqué la mémoire mondiale et continue de nous hanter à ce jour, plus de 111 ans après.
On peut se demander pourquoi cette mémoire est si vivace et persistante. Pourquoi ne pas simplement tourner la page ? Qu’est-ce qui singularise à ce point cet événement et nous touche encore aujourd’hui, plus de cent ans après ?
Premièrement, parce que les victimes n’ont jamais obtenu justice. Contrairement à d’autres crimes similaires, elles se sont fait justice elles-mêmes en assassinant certains responsables – souvent au prix fort pour elles et leurs proches. Mais il n’y a jamais eu de vrais procès, ni de processus de réconciliation, ni de réparation. Au contraire, la négation continue et la glorification de ceux qui ont perpétré ce crime se poursuivent encore aujourd’hui à un niveau étatique en Turquie.
Deuxièmement, le génocide a été perpétré par la partie qui a gagné la guerre. C’est une différence fondamentale avec d’autres crimes, comme la Shoah perpétrée par l’Allemagne nazie qui a perdu la guerre. Ici, la Turquie a gagné la guerre de 1919-1922 menée par Mustafa Kemal, qui fait suite à la Première guerre mondiale. Les autres puissances ne pouvaient donc pas la punir ni la contraindre. Elles ont appris à s’en accommoder, ce qui a porté atteinte de façon durable à leur crédibilité morale et à la cohérence de leurs discours et leurs actions sur la scène internationale.
Troisièmement, les discours et les idéaux qui ont porté le génocide de 1915 n’ont pas disparu. Ils sont toujours en vogue dans les cercles politiques et intellectuels en Turquie et existent avec encore plus de vigueur en Azerbaïdjan. Bien qu’il existe aujourd’hui un État arménien, celui-ci est confronté à une situation géopolitique fragile et dangereuse, entouré de voisins hostiles qui ne cachent pas leurs ambitions territoriales. Il y a de cela à peine trois ans, un nettoyage ethnique de grande ampleur s’est produit avec l’expulsion des Arméniens du Haut-Karabakh en septembre 2023. L’élite politique du Haut-Karabakh est toujours retenue en otage à Bakou. L’héritage culturel et artistique des Arméniens du Haut-Karabakh continue d’être démoli et rasé de façon systématique. Beaucoup se sont émus, notamment, de la destruction récente de l’église de la Sainte Mère de Dieu à Stepanakert, église emblématique de la ville aujourd’hui rasée.
Dans ces conditions, le peuple arménien ne peut pas être en paix avec son histoire. Le couteau est dans la plaie, qu’on le veuille ou non, et il continue d’être remué continuellement. Il ne suffit pas de décréter la fin d’une mémoire pour tourner la page sur ces événements, comme on a pu le faire avec d’autres. Quand la réalité et l’actualité vous renvoient sans cesse à ce crime originel, vous ne pouvez pas choisir de l’ignorer.
Bien sûr, le travail de mémoire ne doit pas se limiter à la glorification des victimes et à s’apitoyer sur son sort. Au contraire, il doit permettre d’avoir un regard plus clairvoyant pour affronter la réalité avec une détermination renouvelée.
L’Arménie est aujourd’hui engagée dans un processus de paix avec ses voisins, ce qui est en soi louable. L’Arménie cherche à diversifier ses alliances pour assurer son futur, ce qui implique un éloignement progressif de la Russie. On ne peut que saluer le soutien qu’apportent l’Occident et la Belgique à ce pivot stratégique que l’Arménie est en train d’opérer.
Mais il faut mesurer ce que cela implique : l’Arménie reste un pays menacé. En cas d'attaque par l’Azerbaïdjan et la Turquie, il ne faudra pas se contenter de discours et de résolutions ; il faudra un soutien politique, économique et militaire significatif pour lui permettre d’assurer sa sécurité dans la région. Ce pivot stratégique ne pourra réussir que s’il bénéficie en contrepartie d’un soutien massif de la part des pays européens, occidentaux et de leurs alliés.
Je tiens à profiter de cette occasion pour saluer la décision de la Belgique d’ouvrir un service consulaire en Arménie après l’ouverture de l’ambassade. Il s’agit d’une évolution majeure, très attendue de la part de tous les Arméniens de Belgique, et je remercie toutes les personnes qui ont porté ce projet.
Enfin, j’aimerais aborder une problématique qui nous touche tous en tant que citoyens belges. Les structures politiques et les institutions de notre pays sont encore trop souvent perméables à des influences étrangères délétères. Lorsque nous avons mené le combat pour lutter contre la négation du génocide des Arméniens, ce n’était pas pour censurer le travail des historiens ou brider la liberté d’expression, mais pour contrer un négationnisme d’État organisé et massif venu de Turquie. Il s’agit d’un exemple parmi d’autres de cette influence étrangère, et nous devons renforcer collectivement la résilience de nos institutions face à ces pressions extérieures."